Grand angle Paris

Vikash Dhorasoo: chronique d’une sortie de terrain, 1/3

Un article de @NicolasZeMinus

Vikash Dhorasoo

Episode 1 : Du terrain de foot au terrain politique

Lorsque, enfant, il a commencé à taper dans le ballon au bas d’une tour HLM du quartier populaire de Caucriauville, au Havre, le petit Vikash Dhorasoo prit conscience que la misère sociale risquait davantage de le rattraper que ses jeunes coéquipiers. Fils d’immigrés mauriciens eux-mêmes descendants d’Indiens, avec un père ouvrier aux chantiers navals et une mère cuisinière dans les écoles, il s’est sans doute convaincu qu’en exploitant ses prédispositions balle au pied, il pourrait peut-être échapper au destin que sa condition lui réservait.

A presque 20 ans, il devint footballeur professionnel au Havre Athletic Club. Elu meilleur joueur du championnat de France 1997-1998, il est transféré l’année suivante à l’Olympique lyonnais, avec qui il sera sacré champion de France à deux reprises. La suite sera plus décevante : en 2004, il est recruté par le prestigieux AC Milan, mais ne s’impose pas ; il rejoint l’année suivante le PSG, avec qui il remporte la coupe de France en 2006[1] mais, quelques mois plus tard, il est licencié pour avoir critiqué son entraîneur dans la presse[2]. Fin juin 2007, il s’engage avec le club italien de Livourne mais, n’ayant participé à aucun match officiel, il résilie son contrat cinq mois plus tard, puis annonce la fin de sa carrière, le 11 janvier 2008. En équipe de France, dans l’ombre de Zinédine Zidane, il ne sera titularisé qu’à 18 reprises, pour un but, contre Chypre, en 2005[3].

Pendant sa carrière de footballeur, sportivement, Dhorasoo aura alterné le bon et le moins bon, dans cet ordre-là. Relégué souvent sur le banc au cours des dernières années, il en tirera même un film, « Substitute », tourné avec sa caméra super-8 lors de la coupe du monde 2006[4].

Plus que pour ses exploits sportifs, Dhorasoo laissera le souvenir d’un footballeur « de la mélancolie » (selon Philippe Delerm), atypique, aux déclarations parfois fracassantes (qui lui ont valu quelques animosités), l’image d’un intello, engagé à gauche dans un milieu où, le plus souvent, ses confrères n’ont aucune conscience politique, ou sont catalogués à droite en raison de leur train de vie.

Oui, Dhorasoo a joué à l’OL du millionnaire Jean-Michel Aulas, à l’AC Milan de Silvio Berlusconi et au PSG sous l’ère Canal+, mais il est de gauche. Oui, il a gagné quelques millions d’euros pendant sa carrière de footballeur, mais il est de gauche. Oui, il a gagné plusieurs centaines de milliers d’euros au poker, qu’il a oublié de déclarer à l’administration fiscale[5], mais il est de gauche. Être riche et de gauche n’a rien d’antinomique. Son origine sociale, d’où est née sa conscience politique, lui donne une crédibilité. Lui n’a pas oublié d’où il venait. Ses engagements sont sincères.

Dhorasoo s’engage alors qu’il est encore footballeur, notamment auprès du Paris Foot Gay. Il s’engage après la fin de sa carrière sportive dans le milieu associatif, par exemple en étant à l’origine du mouvement Tatane. Il s’engage comme militant politique en soutenant publiquement les candidatures de Ségolène Royal[6] puis de François Hollande[7] aux présidentielles de 2007 et 2012, ainsi que celles de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo aux municipales de 2008[8] et 2014[9] à Paris.

Cependant, être militant ne lui suffit plus ; il veut être acteur, il veut redevenir meneur de jeu, il veut s’engager plus concrètement dans la vie politique ; il veut être candidat aux élections municipales de 2020. Ce sera à Paris, dans le 18ème arrondissement, lui l’habitant des Abbesses.

Le 20 septembre 2019, Dhorasoo aurait rencontré Anne Hidalgo pour lui demander d’être tête de liste dans cet arrondissement à la place du maire sortant Éric Lejoindre, ce qu’elle aurait donc refusé[10]. La presse évoque d’autres contacts à gauche (avec EELV, le PCF, Génération·s), sans plus de succès. Tant pis, ce sera la France Insoumise. D’ailleurs, il en avait dit du bien dès 2017[11]. Pas incohérent, donc.

Le 5 novembre 2019, la presse avait certes rapporté que Dhorasoo « n’a pas l’intention de faire alliance avec un autre candidat. Il veut partir sans étiquette »[12]. Pourtant, seulement quatre jours plus tard, il est désigné par l’assemblée constituante du collectif « Décidons Paris ! », soutenu par LFI, comme tête de liste pour Paris en binôme avec Danielle Simonnet [13]/[14].

Mais Dhorasoo ne prend pas sa carte du parti ; c’est un vrai insoumis – à l’insoumission.

[à suivre…]


[1] https://www.youtube.com/watch?v=HvOGN0aCZ6s

[2] https://www.liberation.fr/sports/2006/09/25/le-psg-et-le-cas-vikash_5058

[3] https://www.youtube.com/watch?v=sMYrzpthx0Q

[4] https://www.youtube.com/watch?v=x9yNkJmV9yY

[5] https://www.bfmtv.com/economie/quand-vikash-dhorasoo-oublie-de-declarer-ses-gains-au-poker-et-gagne-son-bras-de-fer-contre-le-fisc-1590291.html

[6] https://www.dailymotion.com/video/x1vsua

[7] https://www.dailymotion.com/video/xok2to

[8] https://www.20minutes.fr/vousinterviewez/209740-20080130-interviewez-vikash-dhorasoo

[9] https://www.bfmtv.com/politique/hidalgo-presente-voeux-soutiens-vanne-hollande-686258.html

[10] https://www.liberation.fr/politiques/2019/11/18/municipales-les-dessous-de-la-rencontre-hidalgo-dhorasoo_1764064

[11] https://www.facebook.com/watch/?v=508465482870781

[12] http://www.leparisien.fr/paris-75/municipales-a-paris-le-footballeur-vikash-dhorasoo-dans-les-starting-blocks-05-11-2019-8187108.php

[13] https://decidons.paris/2019/11/11/danielle-simonnet-vikash-dhorasso-binome-pour-decidons-paris/

[14] https://twitter.com/DecidonsParis/status/1193153406220881923?s=20