Un article de Benjamin Vulbeau (https://medium.com/@benj808)

Alors que les observateurs et les organisations politiques, ou militantes laïques attendent toujours un introuvable discours clair et structuré de la part du Président de la République sur la laïcité, voilà que les campagnes municipales nous donnent à voir, grâce à la viralité des réseaux sociaux, des infractions qui témoignent du relâchement en cours.

En effet, les interventions électoralistes, toutes en absence de subtilité, vont bon train. Grâce à la vigilance de citoyens heurtés par de telle pratiques ou  grâce au sentiment d’impunité de militants zélés, nous avons droit à tous les registres de l’infraction à l’article 26 de la loi de SEPARATION du 9 Décembre 1905

Ici, à Marseille avec une colistière de Martine Vassal, Catherine Pila, adjointe aux édifices culturels (avec le commentaire du twittos tout en double-standard).

Là, encore à Marseille, avec l’inénarrable Valerie Boyer, grande figure de la catho-laïcité, cette anomalie qui vient moduler l’exigence laïque en fonction de la religion dont il est question, que ce soit pour l’article 26 ou pour l’article 35, ou toute autre disposition…

Plus frontale encore, l’infraction à l’article 26 du maire Jacques-Alain Benisti qui vient tranquillement à la Mosquée Al-Islah de sa ville de Villiers-sur- marne pour exposer son accord concernant l’agrandissement de la-dite mosquée, recevant en retour un appel à voter pour lui de la part de l’imam;

Si ce genre de pratiques semblent logiques à droite de l’échiquier politique, au sein d’une famille politique qui valorise parfois encore autant sinon plus l’appartenance à un communauté religieuse que le statut de citoyen à convaincre, de promeneur solitaire, hors de toute direction de conscience, on la retrouve aussi bien évidemment chez LREM

Cette grande confusion dans la manière d’aller au contact des électeurs, mêlant probablement autant ignorance que cynisme n’est pas anodine. Elle dit beaucoup de l’epoque. Outre que ces infractions sont absolument toutes condamnables politiquement, à défaut de faire l’objet de contentieux éléctoraux ou de plaintes caractérisées, elles viennent dynamiter la crédibilité de ces gens et de leurs familles politiques.

On ne peut ici s’appuyer que sur ces exemples récemment médiatisés pour tenter une analyse,sans préjuger de leur prévalence. Ainsi à droite, le débat est loin d’être épuisé entre laïques et catho-laïques (à l’extrême-droite, la drague outrancière demeure compliquée compte tenu du relatif manque d’appétence des catholiques pratiquants pour le RN). Au centre-droit, entre le Modem, qui soutient une candidature douteuse à Saint-Etienne du Rouvray et LREM, qui voit un de ses députés tenir un prêche dans une église, ça tangue très sérieusement.

A gauche, il semble que le danger qui menace tient beaucoup plus à l’entrisme, à la tentation communautariste et aux signaux explicites de ralliement à l’islam identitaire et politique  (voir les nombreux articles sur le blog) qu’au racolage dans des lieux de cultes. 

Toutefois, la tartufferie, bien partagée par l’ensemble du spectre politique, n’est jamais loin quand il est question d’élection locale. Ainsi François Pupponi, candidat à Sarcelles sur une liste divers gauche, et qui n’a pas toujours été un modèle de républicain sourcilleux et rigoureux , a-t-il commis un livre fustigeant le clientélisme communautaire. Formidable!!!

….avant de céder, quelques jours plus tard, en pleine campagne, au mortifère double-standard.

L’article 26 est, comme le reste de cette loi, parfaitement bien rédigé:

« Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte »

N’importe quel culte. Point.

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Cette réunion publique a depuis été reprogrammée et relocalisée dans un endroit adapté. Avec F. Pupponi, l’excuse de l’amateurisme ne tient pas. C’est bien en toute conscience que ces élus/candidats font campagne en piétinant l’art 26 de la loi de 1905. Parce que c’est commode, parce que c’est un avantage stratégique, parce qu’on croit à la direction des consciences dans des communautés constituées ou parce qu’on ne fait plus la distinction entre le temporel et le spirituel.

On pourrait donc attendre de l’Observatoire de la Laïcité un rappel des règles, une parole forte, un communiqué de presse, une saisine du premier ministre. On n’aura que le silence satisfait de cet organisme qui ne pourfend que le « laïcisme » et qui ne réagit vivement qu’aux interventions d’Elisabeth Badinter ou au projet de loi concernant la neutralité en entreprise.

Restent donc l’alerte sur les réseaux sociaux, l’interpellation des candidats qui commettent ces infractions, la mobilisation des laïques et l’exposition publique de ces petits arrangements.

A quand la manifestation de la volonté des pouvoirs publics sur ces questions?

#OnVousVoit