Trappes

Farce à Trappes (taisons-nous, et votez ! )

Un article de Sylviane SOKOLOWSKI / @SylvSoko

« Le premier qui en parle a perdu… »
Vous recherchez des articles de presse ou des chroniques sur le second tour des élections municipales à Trappes ce dimanche 28 juin en vous étonnant de leur extrême rareté ?
Vous êtes intrigués par cette triangulaire finale qui noue et dénoue des alliances fort inattendues ?
« Rappelons que trois forces sont en présence pour ce deuxième round électoral : Ali Rabeh, soutenu par Generation.s et le Parti Communiste (arrivé en tête du premier tour, avec 37,30% des voix). L’ex-LR Othman Nasrou en tandem avec le candidat de la société civile Mustapha Larbaoui (27,5% des voix). Et enfin le maire en titre Guy Malandain, soutenu par LREM mais lâché par le PS (27,1% des voix).»1

Vous épluchez les programmes de campagne des trois candidats, les comptes Tweeter et Facebook et vous êtes surpris par l’absence totale de sujets qui fâchent dans une ville qui concentra dès 2017 l’attention d’Emmanuel Macron dans un « plan Trappes » destiné à « mieux prévenir et lutter contre les comportements qui favorisent l’extension de la radicalisation »2?
Nulle aspérité, des programmes aussi lisses qu’un crâne d’œuf, qu’un marbre poli, entre pistes cyclables et babioles citoyennes : aucun indice qui montrerait que cette « ville inouïe qui, à la fois, a vu grandir ses stars les plus populaires», et partir 67 aspirants au djihad armé (un record en France) s’est enfin saisie de ce grand-écart pour faire face, à pleine main et sans faux-fuyants, à la mise en péril du pacte républicain, véritable « défi du moment ».3
Vous apprenez tout récemment, par la tangente, que les listes Nasrou et Malandain auraient fusionné pour faire barrage à Ali Rabeh, mais …rien dans la presse qui en fasse état, vous voilà doublement intrigués

Car vous faites partie de ceux qui pensent que l’avenir politique de Trappes ne concerne pas uniquement les Trappistes, mais tous les citoyens éclairés en état d’alerte devant la menace islamiste et son corollaire rampant, le clientélisme politique destiné à rafler des voix.
Vous êtes donc légitimement choqués par le constat clinique énoncé par le père Etienne Guillet au sujet de ces municipales 2020. Prêtre de la paroisse locale, il conclut en effet l’article (de fond, mais parcellaire et précautionneux, publié le 13 mars 2020 dans le Monde4
et intitulé « A Trappes, l’indétrônable maire et le tabou du djihad »), d’une phrase terrible qui résonne douloureusement :
« Le premier qui en parle a perdu.»
Cela se passe de commentaires, et vous reliez donc tout naturellement ce constat à cet autre, résumé par Jean Chichizola dans Le Figaro : « A Trappes, la situation est pire que jamais, comme le confirme une note blanche « prévention de la radicalisation » dans la communauté d’agglomération de SaintQuentin-en-Yvelines (incluant Trappes). (…) La note souligne que « la radicalisation et la laïcité sont des sujets tabous » (…) Sur place, on note un « sentiment que parler, c’est s’exposer, voire se mettre en danger « .5
Vous vous insurgez, il y a tant à dire, à éclairer, à dénoncer sans fards.
Par exemple la récente tripotée de vidéos qui circulent sous le manteau et salissent Othman Nasrou.
De grande qualité technique, mais parfaitement abjectes de contenu, et bien entendu, parfaitement anonymes et non identifiables.
Le contenu de ces attaques souterraines, qui font passer ce candidat pour un « arabe de service », « vendu aux juifs, aux blancs, aux chrétiens », et le range dans la catégorie des « mauvais musulmans » résonne singulièrement avec les événements survenus lors de la manifestation récente au Champ de Mars où une militante interpelle un policier à la peau noire en lui criant « vendu, sale vendu ! » …
Alors pour vous, le silence, c’est niet.
Depuis que votre cœur a explosé en mille morceaux début 2015 lorsque les terroristes ont « tué Charlie » puis les autres, c’est niet.
En 2013 déjà votre fibre laïque s’était brusquement tendue lorsque, suite à un contrôle de police lié au port du voile intégral, survint à Trappes une émeute communautariste sur fond de contestation religieuse.
En 2015 la qualification d’« apartheid » énoncée par Manuel Valls se coinçait dans votre gosier, et le 13 mars vous pressentiez, en lisant «Courrier International »6, qui citait The Economist Londres, comme un risque de net ternissement de l’image de la France à l’étranger, en particulier dans les pays anglo-saxons d’essence communautariste.

En 2016 vous avez eu connaissance du rapport officiel adressé au garde des Sceaux par une « autorité judiciaire », faisant « constat d’une ville à la dérive »,7 et écouté avec scepticisme les vigoureuses dénégations d’Ali Rabeh, adjoint à la « jeunesse et au sport » d’alors et fier candidat d’aujourd’hui, démentant mordicus que sa ville soit un « Molenbeek »8
à la française.
En 2016, lors d’un moment de désœuvrement passager vous avez lu Wikipedia, et découvert avec stupéfaction qu’à cette date, « 70% des administrés de la commune (de Trappes, ndlr) sont de confession musulmane.»
9
Vous vous êtes donc aventurés sur l’hypothèse d’un éventuel lien entre cette prégnance religieuse dominante, et le taux d’abstention lors des élections : « jusqu’à 73 % pour les législatives de 2017 », affirme Othman Nasrou dans sa tribune10
.
Un paragraphe de celle-ci a particulièrement attiré votre attention :
« Ce n’est pas l’indifférence des citoyens ou l’absence de conscience politique qu’il faut y voir. (…) L’abstention est le résultat de cette pratique clientéliste, qui instaure un système à deux vitesses, entre le petit nombre de ceux qui en bénéficient et la majorité silencieuse de ceux qui en sont exclus. A quoi bon aller voter quand on est de ces derniers ? A Trappes, on ne bourre pas les urnes pour gagner une élection, on les vide. »
Voilà qui est jeté…
Rappelons dans quelles circonstances Guy Malandain, le maire actuel, fut élu en 2001 : « Pour y parvenir il avait fait alliance avec les leaders de l’Union des musulmans de Trappes, deux ingénieurs proches des Frères musulmans, puis permis la construction d’une « très grande mosquée », capable d’attirer des fidèles bien au-delà de la ville. Bon nombre de vieux « rouges » ne lui ont toujours pas pardonné cette alliance. »11
Vous auriez donc aimé, sans doute, que Benoît Hamon, mentor d’Ali Rabeh, ne prenne pas la tangente 12 en 2017 suite aux questions gênantes liant laïcité et menace communautariste : un peu de courage politique n’aurait pas nui, dans ce contexte politique.
En 2018 vous avez donc lu dès sa sortie « La Communauté / une banlieue au défi de l’islam»13, écrit par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, et beaucoup mieux compris le fonctionnement de Trappes…

Êtes-vous toutefois restés sur votre faim, à l’instar d’Othman Nasrou, (candidat Div.D. pour ce second tour et chef de l’opposition municipale d’alors), qui écrivait dans une tribune 14 publiée par Marianne :
« présenté comme un livre de révélations, cet ouvrage semble donc renoncer à sa promesse sitôt qu’on l’a acheté. Pas un mot des responsabilités réelles de la classe politique dans la situation qu’affronte Trappes aujourd’hui, alors même que votre livre visait à expliquer le passage du « communisme au communautarisme. » ?
Tout au long de ces années, (vous n’habitez pas Trappes), vous avez donc observé de loin ce territoire si proche de Paris : palpable érosion du pacte républicain, dans l’indifférence quasi-générale.
Vous n’avez pas tout lu, certaines mobilisations et certains éléments de compréhension vous ont sans doute échappé, mais vous avez tenu bon, et depuis, vous veillez : la laïcité ne se triture 15 pas.
Et puis voilà belle lurette que vous vous êtes résignés à être traités de « fachos », « d’islamophobes», de « racistes », de « néo-laïques », et que vous continuez malgré tout à désosser du mieux possible, sans vous laisser impressionner, les compromissions et pantalonnades ostentatoires luttant prétendument contre « l’hydre islamiste » : la laïcité ne se triture pas.
La République non plus.
Il reste donc à espérer trois choses de ces municipales à Trappes :
Primo : que le prochain maire et son équipe ne soient pas élus sur leur couleur de peau. Que « le vieil électorat socialiste et communiste qui préfère les blancs », (pour reprendre l’analyse de celui que Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin qualifiaient de « bon observateur de la ville » dans leur article de mars 2020i16, fera un formidable pied de nez à tout critère racialiste, n’en déplaise aux « bons observateurs ».
Secondo : que le silence de plomb, cette chape dommageable au bon fonctionnement démocratique, cesse sitôt les élections terminées, et que le courage politique lui fasse suite.
Tertio : que les journalistes fassent enfin un véritable travail d’investigation.
Vous êtes sous « surveillance », sachez-le.
Les affrontements très récents à Dijon entre « communautés » renvoient le concept de« communautés » à sa juste place en République française : nulle part.
Même si pour l’instant, soigneusement dissimulés, vous avez mis le couvercle sur le bocal,

« ON VOUS VOIT ».

1« Second tour à Trappes : vers un duel Rabeh-Nasrou ?», in Temps réel 78, 20 juin 2020.
https://tr78.fr/second-tour-a-trappes-vers-un-duel-rabeh-nasrou

2« A Trappes, une radicalisation galopante », article de Jean Chichizola dans Le Figaro du 12 mars 2018 citant
Emmanuel Macron dans son discours aux forces de sécurité intérieure du 18 octobre 2017.
https://othman-nasrou.fr/wp-content/uploads/2018/08/A%CC%80-Trappes-une-radicalisation-galopante.pdf

3« Trappes, « ville emblématique des succès spectaculaires et des échecs patents » », entretien avec Raphaëlle
Bacqué, par Camille Magnard et Sophie Delpond, France culture, le 05.01.2018.
https://www.franceculture.fr/sociologie/trappes-ville-emblematique-des-succes-spectaculaires-et-des-echecs-patents.

4 Article co-signé par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin.
https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/13/a-trappes-l-indetronable-maire-et-le-tabou-du-djihad_6032855_3224.html
5 Pour la référence de l’article, voir la note n°2.
6 « Les musulmans de France ne veulent pas d’amalgame », un article The Economist Londres (publié le 7 février 2015, traduit dans Courrier International le 13 mars).
https://www.courrierinternational.com/article/2015/02/19/trappes-apartheid-et-laicite

7« Trappes, la poudrière islamiste », par Amaury Brelet, Valeurs Actuelles du 2 septembre 2016.
https://www.valeursactuelles.com/trappes-la-poudriere-islamiste-64544
8 « Non, Trappes n’est pas le Molenbeek français », 23 mars 2016, Le Point.
https://www.lepoint.fr/societe/non-trappes-n-est-pas-le-molenbeek-francais-23-03-2016-2027503_23.php
9 https://fr.wikipedia.org/wiki/Trappes
10 « A Trappes, le clientélisme compte ses victimes », tribune d’Othman Nasrou, Le Point, 26 mars 2018.
https://www.lepoint.fr/politique/a-trappes-le-clientelisme-compte-ses-victimes-26-01-2018-2189887_20.php
11 « A Trappes, l’indétrônable maire et le tabou du djihad », par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, Le
Monde, publié le 13 mars 2020.
https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/13/a-trappes-l-indetronable-maire-et-le-tabou-du-djihad_6032855_3224.html
12 « Face à l’islamisme et au communautarisme, enquête à Trappes sur le vrai Benoît Hamon », par Etienne
Girard, Marianne, publié le 25 janvier 2017.
https://www.marianne.net/politique/face-l-islamisme-et-au-communautarisme-enquete-trappes-sur-le-vrai-benoit-hamon
13 Editions Albin Michel, 2018.

14 « Les auteures de « La Communauté » sont passées à côté du clientélisme qui mine Trappes », tribune
d’Othman Nasrou, Marianne, publiée le 16 janvier 2018.
https://www.marianne.net/debattons/tribunes/les-auteures-de-la-communaute-sont-passees-cote-du-clientelisme-qui-mine-trappes
15 « A Trappes, enquête sur une laïcité triturée », par Etienne Girard, publiée le 02 mars 2018 dans Marianne.
http://www.laicite-republique.org/a-trappes-enquete-sur-une-laicite-trituree-marianne-2-mars-18.html
16 Pour la référence de l’article, voir la note n°11.